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Haïti-Justice: Avec Martelly, Duvalier peut dormir tranquille

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Wednesday, 18 January 2012 23:36

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MIAMI, USA (defend.ht) – Beaucoup de voix s’élèvent en ce début d’année pour critiquer l’inaction de la justice haïtienne vis-à-vis de l’ancien dictateur Jean-Claude Duvalier dont le 16 janvier a ramené le premier anniversaire du retour d’exil en Haïti. Mais c’est qu’il ne faudra pas trop compter sur le gouvernement Martelly pour livrer à la justice haïtienne l’ancien dictateur dont le fils Nicolas figure parmi les conseillers du chef de l’Etat, duvaliériste lui-même et entouré de duvaliéristes. Baby Doc peut dormir tranquille.

Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) a été le premier cette année à critiquer "le traitement de faveur" dont bénéficie l’ancien président à vie d’Haïti Jean Claude Duvalier.

Dans un communiqué, le RNDDH, a déplore le fait que M. Duvalier est à maintes reprises invité à prendre part à des cérémonies officielles organisées par l’actuel pouvoir alors qu’il défie la justice de son pays.

"Cet état de fait est le signal clair que l’équipe en place ne manifeste aucune velléité visant à combattre l’impunité en Haïti", a critiqué l’organisation qui voit dans ce traitement de faveur dont jouit l’ancien président à vie une gifle pour la justice haïtienne et les victimes de son régime.

L’ancien dictateur a été assigné à résidence par l’administration Préval, mais depuis l’arrivée au pouvoir de Michel Martelly, Jean-Claude Duvalier est libre comme l’air, poussant l’audace jusqu'à être le 16 décembre 2011 le parrain d’une promotion d’étudiants en droit aux Gonaïves (Nord’d’Haiti). A cette occasion, Duvalier avait demandé l’observance d’une minute de recueillement en mémoire de trois jeunes écoliers assassinés par ses sbires en 1985 dans cette ville. Le comble du comble. Un véritable pied de nez aux organisations de défense des droits humains qui réclame son procès.

En ce sens, certains parlent même d’une tentative de réhabilitation de Jean-Claude Duvalier, qui fait l'objet d'une enquête pour une kyrielle de violations des droits de la personne, notamment des actes de torture, des disparitions et des exécutions sommaires.

En parlant de tentative de réhabilitation, l’ancien chef de la terrible milice des « tontons macoutes », a souligné l’agence Alterpresse, a participé à la cérémonie de commémoration en mémoire des victimes du séisme de 2010 à Saint-Christophe (Nord de la capitale), aux côtés du chef de l’Etat, Joseph Michel Martelly et de l’envoyé spécial de l’ONU, Bill Clinton, le 12 janvier 2012…

Le Canada et Amnesty s’inquiètent aussi

Autre son de cloche, le gouvernement canadien qui se dit préoccupé que l'ancien dictateur Jean-Claude Duvalier soit toujours en liberté, un an après son retour en Haïti.

De passage à Port-au-Prince, indique La Presse de Montréal, où il dirige une délégation de parlementaires canadiens, le ministre des Affaires étrangères, John Baird, a souligné que M. Duvalier fait face à des allégations «très, très sérieuses».

«Bien sûr que ça nous préoccupe qu'il soit en Haïti et encore en liberté, a-t-il affirmé au cours d'une téléconférence. J'espère que le système haïtien va prendre connaissance de cela et que la population connaîtra la justice.»

Ces commentaires surviennent alors qu'Amnesty Internationale s'insurge contre l'inertie du système de justice haïtien, qui n'a porté aucune accusation contre Bébé Doc.

Mais le système judiciaire haïtien peut-il prendre des mesures contre l’ancien dictateur dont le fils Nicolas figure parmi les conseillers présidentiels ? Or nous savons qu’en Haïti le pouvoir judiciaire n’est jamais totalement indépendant du pouvoir politique. Un commissaire du gouvernement ou un ministre de la Justice du gouvernement Martelly risque-t-il sa tête à vouloir interpeller, mettre en accusation ou induire un procès contre Jean-Claude Duvalier ?

La réponse à cette question est non jusqu'à preuve du contraire. En attendant, Jean-Claude Duvalier parcourt le pays, se fait acclamer comme un candidat en campagne.

Le lundi 16 janvier, le dictateur au volant de sa voiture, s’était rendu dans la ville de Jacmel (121 kilomètres au sud-est de Port-au-Prince) pour se ressourcer auprès des frères d’armes de son père, rapporte Alterpresse.

Comme pour célébrer son retour au bercail et au mépris des milliers de victimes de son régime (1971 -1986) le dictateur s’est fait récolteur de revendications des jacméliens en promettant de travailler pour eux.

Depuis la prestation de serment du président Martelly en mai 2011, l’instruction judiciaire contre Duvalier pour crimes contre l’humanité, destruction de propriétés privées, tortures, violations des droits civils et politiques, n’avance pas d’un pouce.

Y a-t-il des chances avec ce régime pro-duvaliériste que la Justice fasse son travail ?

Jonel Juste